Emma avait refermé son ordinateur depuis longtemps, mais l’onglet de son navigateur restait encore ouvert dans un coin de son esprit : www.vibeandlove.fr.
Toute la journée, les images lui étaient revenues en mémoire. Des courbes élégantes, des matières satinées, des couleurs profondes… Rien de « vulgaire », au contraire. Tout respirait le raffinement, la sensualité, la liberté assumée.
Depuis quelques mois, elle avait la sensation de vivre à moitié. Au travail, tout roulait. Dans sa vie amoureuse avec Lucas, tout tenait debout, mais quelque chose manquait : une étincelle, un frisson, le petit vertige du « je n’ai encore jamais osé ça ».
Elle avait envie de plus. Plus de connexion, plus de plaisir partagé, plus de jeux aussi. Mais comment l’avouer sans rougir, sans que les mots s’emmêlent ?
Ce soir-là, seule dans le salon, elle avait fini par retourner sur Vibe and Love.
Le slogan l’accueillit de nouveau : « Éveillez vos sens ».
Ses doigts glissèrent sur le trackpad comme on caresse une peau.
Un harnais élégant, un vibromasseur aux lignes douces, un ensemble rouge qui évoquait plus l’art de la mise en scène que la provocation. Elle imaginait déjà le regard de Lucas, surpris, amusé peut-être, troublé sûrement.
Finalement, après quelques hésitations, elle remplit son panier.
Un coffret sensuel pour le couple, un accessoire pour elle, un autre qu’elle choisit surtout pour lui, comme une promesse. Et puis ce détail qui la fit sourire : « Livraison discrète ».
Quand elle valida sa commande, son cœur battait un peu plus vite.
Elle ne le savait pas encore, mais cette simple clique venait de changer quelque chose en elle : elle venait de dire « oui » à ses envies.
Les jours suivants, elle guetta le moindre bruit de pas dans l’escalier.
Le colis arriva un jeudi après-midi. Une boîte simple, sans mention trop explicite, comme promis. Elle la prit contre elle, comme un secret précieux, et la posa sur la table du salon.
Elle la regarda un long moment avant d’oser défaire le ruban.
À l’intérieur, tout était plus beau encore que sur les photos : les matières lisses, les couleurs profondes, la promesse de soirées différentes. Elle effleura chaque objet du bout des doigts, sentant monter en elle une vague de chaleur mêlée de trac.
Ce soir-là, elle décida de ne rien dire tout de suite à Lucas.
Elle voulait préparer sa surprise.
Le samedi, elle prit le temps de se préparer autrement.
Une douche plus longue, quelques gouttes de parfum au creux du cou, une lingerie qu’elle réservait habituellement aux grandes occasions. Mais cette fois, ce n’était pas pour un mariage ni un dîner chic. C’était pour eux. Pour ce « eux » qu’elle voulait plus vivant, plus vibrant.
Le colis de Vibe and Love l’attendait dans leur chambre, posé sur la coiffeuse.
Elle en sortit l’un des accessoires, le plus discret, et l’installa près de la lampe de chevet. Le simple fait de le voir là la fit frissonner. Ce n’était plus une image sur un site. C’était la preuve qu’elle avait osé.
Quand Lucas rentra, il la trouva différente sans tout à fait comprendre pourquoi.
Son sourire était plus doux, son regard plus profond.
— Tu as passé une bonne journée ? demanda-t-il en l’embrassant.
— Oui… et toi ?
Elle hésita un instant, puis sentit que c’était le moment.
— Ce soir, j’aimerais qu’on prenne un peu de temps. Juste pour nous.
Il la regarda, intrigué.
— Ça me va très bien. Qu’est-ce que tu as en tête ?
Elle sourit.
— Laisse-moi te montrer.
Dans la chambre, la lumière était tamisée. Quelques bougies diffusaient une clarté dorée sur les murs. Emma alla chercher la boîte restée sur la coiffeuse et la posa sur le lit.
Lucas arque un sourcil, amusé.
— On dirait que tu as fait des achats secrets…
Elle s’assit près de lui, le cœur battant, puis ouvrit la boîte.
Quand il découvrit le contenu, un mélange de surprise et de désir passa dans ses yeux.
— Tu… as commandé ça ?
— Oui. Sur un site qui s’appelle Vibe and Love. Je voulais… que l’on explore un peu plus, tous les deux. Que tu sentes que j’ai envie de toi. Que j’ai envie de nous.
Elle craignait un instant qu’il se moque, qu’il se referme.
Mais au lieu de ça, il avança la main, prit délicatement un des objets, comme on toucherait une pièce précieuse.
— C’est beau, murmura-t-il. Très beau, même. Et toi… tu es magnifique.
Son compliment, si simple, la traversa comme un courant doux.
Elle se sentit soudain à la fois vulnérable et incroyablement puissante. Elle avait pris l’initiative, elle avait osé exprimer un désir, et il venait de le recevoir avec tendresse.
— Tu n’es pas mal non plus, répondit-elle, en riant doucement pour désamorcer sa propre timidité.
— Alors, guide-moi, dit-il. Montre-moi ce que tu as imaginé.
Le temps sembla ralentir.
Ils ne se jetèrent pas l’un sur l’autre. Au contraire, ils prirent le temps de se redécouvrir, comme si leurs mains ne connaissaient plus le chemin.
Elle laissa Lucas faire glisser ses doigts le long de son bras, de son cou, de ses hanches. Ses caresses prenaient le rythme d’une musique intérieure qu’ils étaient en train de réinventer.
À chaque geste, elle sentait en elle une barrière tomber.
Elle n’était plus seulement la compagne raisonnable, la femme organisée. Ce soir, elle était aussi celle qui assume ses désirs, qui invite son partenaire à entrer dans un espace de jeu, de confiance, de liberté.
Lorsqu’ils intégrèrent enfin le premier des jouets à leurs caresses, ce ne fut pas un choc, mais une continuité.
Un prolongement de leurs mains, de leurs baisers, de leurs souffles. Emma ferma les yeux, accueillant les sensations nouvelles, plus intenses, plus fines, comme si son corps découvrait une nouvelle langue qu’il avait pourtant toujours rêvé de parler.
Elle entendit la voix de Lucas, plus grave, près de son oreille :
— Merci d’avoir osé. Je n’aurais jamais pensé à tout ça… mais j’adore te découvrir comme ça.
Ces mots-là furent pour elle presque aussi puissants que les frissons qui parcouraient son corps.
Elle se sentit pleinement vue, pleinement désirée, pleinement elle.
Bien plus tard, allongés l’un contre l’autre, ils restèrent silencieux quelques minutes, seulement rythmés par leurs respirations qui retombaient doucement.
Lucas jouait distraitement avec le bord du drap, un sourire paresseux aux lèvres.
— Donc… sur ce site, il y a d’autres choses que je n’ai pas encore vues ?
Emma rit, la tête nichée contre son épaule.
— Tu n’as encore rien vu.
Elle pensa à tous les onglets qu’elle n’avait pas encore explorés, aux idées de jeux qui avaient commencé à germer en elle. Vibe and Love n’était finalement pas seulement une boutique en ligne. C’était devenu, pour eux, une porte ouverte sur une intimité plus riche, plus consciente, plus joyeuse.
Ce soir-là, elle comprit que le vrai luxe n’était pas seulement dans les objets eux‑mêmes, mais dans ce qu’ils leur avaient permis de créer : un espace où l’on ose dire « j’ai envie », où l’on se regarde sans jugement, où l’on fait de la sensualité un art à deux.
Et tandis que les bougies finissaient de se consumer, Emma sut qu’elle ne reviendrait plus jamais en arrière.